

Originaire de Barcelone, Aina Alegre a un parcours éclectique qui combine des pratiques physiques telles que la danse, la musique, la gymnastique, la comédie musicale, et des approches théoriques comme la sociologie à laquelle elle s’est formée avant de se diriger vers un cursus de danse en 2007. Autrement dit, l’attention de la chorégraphe à travailler aujourd’hui avec des langages multiples et des corporéités différentes n’est pas fortuite. Curieuse de nature, Aina Alegre s’est depuis toujours intéressée à une diversité de danses, de techniques et de corps.
Si la conception de la danse que défend Aina Alegre n’est pas sectaire, c’est en France, au sein de la formation cursus initial impulsé par Emmanuelle Huynh alors directrice du CNDC d’Angers, que la danseuse catalane s’affirme progressivement comme une chorégraphe de danse contemporaine et qu’elle développe une écriture qui lui est propre, imprégnée des danses sociales et populaires méditerranéennes qui ont marqué son expérience corporelle et peuplent son imaginaire chorégraphique.
Après un premier projet solo intitulé LA MAJA DESNUDA DICE en 2011 dans lequel elle revisite un ensemble de postures archétypales féminines empruntées à l’histoire de la photographie, du cinéma et de la publicité, elle prolonge sa réflexion sur les normes de représentation du genre en s’intéressant cette fois aux corps en extase, ceux des gymnastes, des athlètes, des majorettes, des statues grecques ou des danseuses académiques, dans NO SE TRATA DE UN DESNUDO MITOLÓGICO créé en 2012. S’ensuit alors des pièces de groupe : DÉLICES en 2015, LE JOUR DE LA BÊTE en 2017 et LA NUIT NOS AUTRES en 2019.
Chacune de ces créations se présente comme un laboratoire d’expérimentation de la relation à l’autre : la fusion, l’accumulation, le dédoublement… Il ne s’agit pas de faire récit, mais de faire groupe, et d’éprouver ce qui se passe dans et entre les corps des interprètes à partir d’un motif chorégraphique partagé.
En 2020, elle co-signe CONCRERTO avec David Wampach et créé R-A-U-X-A, un solo conçu et présenté comme un trio entre la danse d’Aina Alegre, la lumière de Jan Fedinger et la musique de Josep Tutusaus. La dynamique collective se déploie alors ici au niveau de la collaboration pluridisciplinaire.
C’est avec THIS IS NOT (AN ACT OF LOVE & RESISTANCE) créée en 2022 qu’Aina Alegre s’affirme comme une « chorégraphe de la musique » , non seulement parce que les musicien·ne·s partagent l’espace du plateau avec les danseur·euse·s, mais aussi parce que la partition chorégraphique intègre pleinement les gestes et les sons, sans distinction de corps ou d’instrument.
L’appétence de la chorégraphe à travailler avec de la musique live, déjà perceptible dans CONCRERTO et R.A.U.X.A, s’est alors développée dans les pièces qui ont suivi. Après THIS IS NOT (AN ACT OF LOVE & RESISTANCE) qui réunit sur scène quatre musiciennes d’instruments de cuivre et cinq danseuses, FUGACES créée en 2025 intègre la tromboniste Maria Cofan à l’équipe des sept interprètes au plateau, et RODA présentée en 2027 invite cinq musiciennes de brass band à rejoindre les huit danseur·euse·s pour former un cortège musical et chorégraphique.
Aina Alegre aime travailler avec des interprètes de tous bords, qu’iels soient danseur·euse·s ou musicien·ne·s, mais également des professionnel·le·s aguerri.es avec lesquel·les elle explore des enjeux d’interprétation comme dans FUGACES, des apprenti·e·s à qui elle transmet les principes moteurs de sa démarche de création comme dans SWING-MOTOR ou des amateur·ice·s pour qui elle imagine une cérémonie festive et collective comme PARADES & DÉSOBÉISSANCES. La relation à l’autre est pour elle un moteur de création.
C’est avec cet esprit d’ouverture qu’elle entreprend en 2018 un projet d’étude sur le motif gestuel du martèlement qui habite son écriture depuis le début de sa carrière. Présentées comme « une série de performances in situ créées à partir de la collecte de gestes, de danses et de récits », ses ÉTUDES amène l’artiste à s’intéresser à des techniques de corps aussi diversifiées que la danse traditionnelle basque, le chamanisme ou la batterie. Ce protocole de recherche au long cours a fait l’objet de huit opus présentés dans des contextes différents, selon des formats adaptés aux matériaux récoltés par la chorégraphe.
Parallèlement aux formes scéniques diffusées en France et à l’étranger, au sein de programmations portées par des structures chorégraphiques et pluridisciplinaires, ou dans le cadre de festivals, Aina Alegre développe également un travail de création de pièces situées, spécifiquement imaginées pour des environnements, des architectures ou des publics singuliers. En 2021, elle crée ÉTUDE 4, FANDANGO ET AUTRES CADENCES, dans le cadre du programme « Vive le sujet ! » coproduit avec la SACD pour le festival d’Avignon.
En 2023, elle ouvre le Festival de Marseille avec PARADES & DÉSOBÉISSANCES présentée au fort St Nicolas à Entrecasteaux, et reprise en 2024 au Palais des Sports de Grenoble, Annecy, Lyon et prochainement Barcelone. Depuis mai 2024, elle intervient régulièrement dans des contextes muséaux, avec BLAU un solo initialement conçu pour l’exposition Miró au Musée de Grenoble ou encore AURA présenté au musée de l’Orangerie en 2027.
En 2014, elle fonde à Paris la compagnie STUDIO FICTIF afin d’accompagner ses projets et créations. Depuis 2023, Aina Alegre co-dirige le Centre chorégraphique national de Grenoble avec le danseur Yannick Hugron, et déploie sous diverses formes au sein de l’institution, son engagement à défendre la création chorégraphique, à l’attention de tous·tes, pour une vision élargie, exigeante et inclusive de la danse contemporaine, à l’image de son propre travail de chorégraphe.

Yannick Hugron est danseur-interprète, pédagogue, assistant à la chorégraphie et costumier. Il envisage son parcours d’artiste comme un questionnement en permanente mutation, enrichi par les diverses expériences et pensées qu’il traverse. Sa préoccupation autour du métier d’interprète et sa fragile longévité l’amène à re-questionner les outils qui lui sont proposés, ainsi que sa place aujourd’hui dans le milieu chorégraphique.
Après une formation au Centre chorégraphique national de Montpellier et un cursus au Conservatoire national supérieur de danse de Lyon, Yannick Hugron intègre le Centre chorégraphique national de Grenoble auprès de Jean Claude Gallotta avec qui il travaille pendant plus de dix ans avant de transmettre, par la suite, son répertoire en France et à l’étranger.
En tant qu’interprète, il collabore ensuite avec notamment Alban Richard, Fabrice Lambert, Joanne Leighton, Mithkal Alzghair, Mélanie Perrier, Marion Carriau ou Aina Alegre.
Son expérience devient vite plurielle. Il intervient ainsi au sein de nombreux programmes pédagogiques, co-fonde au Japon une plateforme de création franco-japonaise destinée à l’émergence d’artistes, assiste de nombreux projets chorégraphiques et réalise la mise en scène et la scénographie (en collaboration avec la designer Stephanie Langard) du récital du baryton Marc Mauillon.
Ses collaborations artistiques l’ont aussi amené vers une recherche et un développement autour de la composition instantanée avec Katell Hartereau et Leonard Rainis ainsi qu‘un glissement vers des pratiques somatiques.
Sa rencontre avec Alexandra Bertaut l'a conduit à la conception et réalisation scénographie – costumes du projet Chêne centenaire de Marion Carriau et Magda Kachouche.
En tant qu'interprète, il participe aux prochaines créations de Marion Carriau, L'Amiral Sénès (2024), et d'Aina Alegre, FUGACES (2025).
Depuis 2023, Yannick Hugron a pris la co-direction du Centre chorégraphique national de Grenoble en tandem avec la chorégraphe Aina Alegre.
